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Championnats du monde de badminton : Alex Lanier remporte l’or du simple messieurs et parachève la belle histoire de l’équipe de France dans cette édition 2026

· Sport

Quelque 950 kilomètres séparent l’Indira Gandhi Arena, à New Delhi, du Mahalangur Himal. Mais c’est bien dans le complexe sportif couvert de la capitale indienne que l’équipe de France de badminton a, à certains égards, conquis son Everest. Quelques heures après le sacre inédit de Delphine Delrue et Thom Gicquel en double mixte, dimanche 23 août, Alex Lanier lui a offert une deuxième médaille d’or en s’imposant face au Japonais Kodai Naraoka. S’il avait dû remonter un handicap d’un set lors des deux matchs précédents, le Normand a cette fois-ci fait montre d’une maîtrise remarquable tout au long de la partie, s’imposant en deux manches sèches avec un jeu très offensif (21-11, 21-11).

Jamais avant cette édition 2026, les Bleus n’avaient disputé de finale dans le tournoi. Dans l’histoire de la compétition, créée en 1977, ils ne s’étaient jusque-là invités que sur deux podiums avec les troisièmes places de Hongyan Pi, chez les dames, en 2008, et celle du duo Delphine Delrue-Thom Gicquel, déjà, en 2025.

Voir Alex Lanier avec l’or mondial autour du cou semblait difficilement imaginable il y a deux ans. Non qualifié pour les Jeux de Paris, le natif du Calvados ne pointait qu’au 48e rang international. Mais le badiste, réputé autant pour la puissance de son smash que pour l’exigence dont il fait preuve envers lui-même, a connu une progression fulgurante. En mars 2025, il est devenu le premier Français à intégrer le top 10 en simple hommes, avant de remporter, un mois plus tard, les championnats d’Europe à Horsens (Danemark).

« J’étais persuadé qu’on allait l’emporter »

A New Delhi, le 9e joueur au classement international a su faire preuve de ténacité, en renversant notamment le Thaïlandais Kunlavut Vitidsarn, vice-champion olympique et numéro 2 mondial. Et il a su se servir du parcours de ses compatriotes pour y puiser un regain de motivation. « Dans un coin de ma tête j’en rigolais, je me suis dit : “J’aurais un peu honte de perdre après eux” », a-t-il expliqué après s’être qualifié pour la finale en renversant le Canadien Victor Lai (7e).

Cette saine émulation, la paire française s’en est, elle aussi, nourrie. « On voulait vraiment gagner en premier, car on sait qu’Alex, derrière, veut gagner et on le sent bien », s’amusait Delphine Delrue après son titre. Le duo, tête de série numéro 5, a eu fort à faire face aux numéros 1 mondiaux Dong Ping Huang et Yan Zhe Feng, qu’ils n’avaient jamais battus avant dimanche. Mais ils pouvaient se targuer d’avoir déjà déjoué les pronostics en écartant, au tour précédent, le deuxième duo le mieux classé au niveau planétaire, Ya Xin Wei-Zhen Bang Jiang.

« Avant le match, on avait beaucoup parlé du fait qu’on avait du mal à jouer contre les grands joueurs, et là, on s’est dit qu’on allait y aller à fond ! », a retracé Delphine Delrue. Après un premier set remporté sur le fil avec un sang-froid remarquable (22-20), les Bleus ont manqué de précision dans les moments importants de la deuxième manche (19-21), laissant leurs adversaires recoller à la marque. Au bout du suspense, ils ont fini par prendre le dessus (21-15), sans se laisser rattraper par la pression à l’idée d’offrir à leur pays son premier titre. « Pendant La Marseillaise, j’ai pensé à ma famille, à ma fiancée, qui m’a dit que j’allais être champion du monde. Elle ne m’avait jamais dit ça, donc j’étais persuadé qu’on allait l’emporter », a expliqué, de son côté, Thom Gicquel.

Leur sacre est une surprise toute relative : ces dernières années, le tandem s’est imposé comme une référence du double mixte. Une victoire aux championnats d’Europe 2024 à Sarrebruck (Allemagne) puis à l’Open d’Indonésie – un tournoi Super 1000, l’équivalent d’un Grand Chelem en tennis – en juin 2025, et cette médaille de bronze mondiale historique, déjà, pour le badminton français, à l’été 2025 à Paris.

Un heureux concours de circonstances

Ce titre récompense la régularité d’une paire habituée à occuper le top 10 international, après s’être formée grâce à un heureux concours de circonstances. Tout commence à l’été 2016, lorsque les deux badistes ont intégré l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep) sans avoir de partenaire. S’ils présentaient alors des parcours assez différents – Delphine Delrue ayant découvert la discipline presque par hasard tandis que Thom Gicquel a grandi dans une famille de pratiquants –, leur entente a été aussi immédiate que les bons résultats. De quoi les convaincre de consacrer leur carrière au double mixte, malgré le souhait initial de Thom Gicquel de briller en individuel.

« Je préférais le simple, mais, mentalement, cela n’allait pas, avait expliqué le natif de Tours au Figaro en juillet 2021. Je râlais beaucoup, j’étais un mauvais perdant et il pouvait m’arriver de balancer un match quand cela ne tournait pas en ma faveur, ce que je ne m’autorise pas à faire avec un coéquipier. »

La sérénité affichée par le duo, a fortiori dans les moments difficiles, a justement été l’une des clés de son succès sur cette compétition. A l’image de ce premier set, perdu en demi-finales, sur une faute au service de Delphine Delrue. Un cas de figure que la paire avait précisément travaillé avec une préparatrice mentale. L’objectif : ne pas se laisser submerger par la frustration et se trouver en panne de solution dans des scénarios de matchs défavorables.

Si les Bleus brillaient déjà sur la scène continentale, les succès de New Delhi viennent parachever l’essor du badminton tricolore. Derrière la Chine et la Corée du Sud, la France a été le troisième pays le plus représenté en demi-finales des Mondiaux. Ces performances révèlent également la qualité de la formation locale, alors que Hongyan Pi, seule autre médaillée dans la compétition, avait fait ses gammes en Chine, dont elle a un temps porté les couleurs. Cerise sur le gâteau la réussite des nouveaux champions profite même à leurs compatriotes : grâce au beau parcours d’Alex Lanier, Christo Popov est désormais numéro 2 mondial – le classement le plus haut jamais occupé par un badiste français –, malgré son élimination précoce.

Reste désormais à l’équipe de France à densifier son réservoir dans les autres catégories, à l’image du simple femmes. L’unique représentante du pays engagée en Inde, Anna Tatranova, a été sortie dès le premier tour.