Le réseau de blanchiment mis progressivement au jour par les enquêteurs de l’Office national antifraude étonnait par son ampleur financière. Les dernières investigations en dévoilent la force corruptive, et dressent le portrait inquiétant d’une véritable organisation criminelle internationale, brassant des sommes d’argent astronomiques, et capable de gangrener jusqu’aux services de l’Etat français.
Ce puissant réseau, présenté comme dirigé par Lahoucine A. S., un homme d’affaires installé au Maroc, avec la complicité d’un certain nombre d’associés, est soupçonné d’avoir blanchi 319 millions d’euros d’argent sale de 2019 à 2025, et plus de 1 milliard d’euros sur la dernière décennie. Le système, « de très grande ampleur, structuré et au fonctionnement quasi industriel », selon les termes de documents d’enquête judiciaire, fonctionnait sur un mécanisme de compensation entre, d’un côté, des espèces issues du trafic de drogue et de diverses activités illégales, et, de l’autre, des virements bancaires d’entreprises, justifiés par de fausses factures. Les fonds occultes étaient blanchis à l’étranger, notamment au Moyen-Orient, et transitaient par une myriade de sociétés fantoches.
Ce schéma de fraude a profité à des trafiquants de drogue de premier plan, ainsi qu’à de nombreux chefs d’entreprise. Il a permis, selon la justice, d’infuser « de façon éminemment néfaste l’économie réelle en permettant, via la création d’une véritable économie souterraine du marché des espèces, à des milliers d’entreprises d’échapper à leurs obligations fiscales et sociales ». Parmi ces chefs d’entreprise – qui se comptent potentiellement en milliers – le rappeur Gims, mis en examen pour « blanchiment en bande organisée ». Le chanteur aurait eu recours au réseau afin de disposer d’argent en espèces pour ses dépenses personnelles et la rémunération de prestataires liés à ses représentations artistiques. Ce que l’intéressé, présumé innocent, conteste.
Il vous reste 81.04% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.