Le 4 avril 2008, à Djibouti, à la pointe de la Corne de l’Afrique, la saison chaude s’annonce pour bientôt, mais les conditions sont déjà arides. De quoi satisfaire les chefs du service action de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), qui ont rassemblé tous leurs hommes et matériels pour un entraînement d’envergure dans une région du monde éprouvante. Plus de 80 personnes ont fait le déplacement avec leur armement. Deux avions de l’escadrille de la direction des opérations, le GAM-56, et même l’Alizé, le grand bateau blanc de la DGSE aux faux airs de navire scientifique truffé d’outils de surveillance technique, sont aussi de la partie.
Les hommes d’action de la DGSE ne le savent pas encore, mais, ce 4 avril, au large de Djibouti, dans le golfe d’Aden, un voilier français, le Ponant, un trois-mâts de 88 mètres, vient d’être attaqué par des pirates somaliens. A son bord, 30 membres d’équipage, dont 22 Français, chargés de convoyer, sans passager, le luxueux navire, propriété de l’armateur français CMA CGM, des Seychelles vers la Méditerranée. L’alerte a été donnée par un bateau britannique qui croisait non loin. Les autorités françaises sont averties. Le premier ministre, François Fillon, confie l’opération au contre-amiral Marin Gillier, basé à Lorient (Morbihan), qui retrouve, à Matignon, Denis Favier, le chef du groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN), le groupe d’élite spécialisé dans la gestion des prises d’otages.
Fini l’entraînement pour le service action de la DGSE, qui monte immédiatement à bord de l’Alizé. Le bateau rejoint, mais en gardant ses distances, le Ponant, qui, aux mains de 14 pirates armés de kalachnikovs et d’un lance-roquettes, file vers le sud. « On a été un long moment seuls derrière le navire, qu’on aurait pu neutraliser, confie l’un des membres du service action de l’époque. On aurait aussi pu gérer la remise de rançon, mais on a été bloqués, car la marine a revendiqué le leadership ; finalement, elle a mobilisé des moyens disproportionnés et elle a laissé la main au GIGN. » Le commentaire est amer, mais il a le mérite de mettre le doigt sur la manière dont se déroule réellement la gestion d’un tel événement. Car, tout au long de cette crise, qui s’est dénouée le 11 avril 2008, la stratégie à suivre a suscité des désaccords : négociation avec rançon contre libération par la force ; faire primer les intérêts de CMA CGM versus ceux de l’Etat français.
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