Le terme « narcotrafiquant » était en ce temps-là encore réservé aux caïds des cartels sud-américains. L’importation de cocaïne représentait en France un secteur d’avenir. Et c’est au moyen d’un téléphone BlackBerry – dont la production a cessé en 2016 – qu’est organisé, ce 18 novembre 2011, le débarquement, dans le port du Havre (Seine-Maritime), d’une fourgonnette de déménagement en provenance de la Guadeloupe.
Lorsque le véhicule passe le scanner des douaniers, l’image révèle que 200 ballots de cocaïne sont dissimulés derrière un capitonnage recouvrant les parois intérieures du véhicule – soit 231 kilos de drogue à la pesée. Ce cliché d’une saisie d’une ampleur encore rare à cette époque donne le départ d’une enquête au long cours qui n’a pas encore livré tous ses secrets.
Près de quinze années plus tard, jeudi 11 juin, une audience de mise en état de cette affaire, parmi les plus anciennes et emblématiques du « stock » de procédures de trafics de « stups » en France, est programmée au tribunal correctionnel de Paris. Dix prévenus sont concernés par l’ordonnance de renvoi signée le 3 septembre 2025 qu’a pu consulter Le Monde, dans l’optique d’un procès futur dont la date n’a pas encore été définie.
Livraison surveillée
Retour à l’automne 2011. Sur les 200 ballots de cocaïne dissimulés dans la fourgonnette customisée, le procureur de la République du Havre décide d’en saisir 199. Il laisse le kilo restant poursuivre sa route, dans le cadre d’une « livraison surveillée », destinée à remonter la filière et attraper les complices la main dans le sac. Les manutentionnaires présumés du réseau sont interpellés dans un centre logistique de Gennevilliers (Hauts-de-Seine). Mais c’est de l’autre côté de l’Atlantique, à Baie-Mahault, au siège guadeloupéen de la société de déménagement, que l’enquête va démarrer pour de bon.
Six fourgonnettes stationnent dans la cour de l’entreprise. Semblables à celle débarquée au Havre, toutes sont équipées d’un capitonnage en contreplaqué. Après avoir dévissé ces systèmes de protection faits main, les douaniers découvrent 200 autres pains de cocaïne, pour un poids total de 228 kilos. A quelques pas de là, un garage fermé à clef recèle du matériel destiné à réaliser les coffrages, 44 kilos de cocaïne supplémentaire, un pistolet de type P38 rouillé, 1 kilo de résine de cannabis, ainsi que de 284 930 euros en liquide. Cet argent, protégé par de la cellophane, est dissimulé à l’intérieur d’un fauteuil en partance pour la métropole, sous le couvert d’un nouveau « déménagement ».
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