Chroniques de guerre

« En matière de drones, une dynamique est engagée au niveau français, mais les moyens prévus restent en deçà des besoins »

« En matière de drones, une dynamique est engagée au niveau français, mais les moyens prévus restent en deçà des besoins »

De l’Ukraine à l’Iran, les conflits récents ont fait entrer le monde dans l’ère de la guerre par drones : des engins produits en masse, peu coûteux, employés pour saturer les défenses, frapper les infrastructures et épuiser l’adversaire. Chaque nuit, des centaines de drones russes s’abattent sur les villes, les installations énergétiques et les forces de défense ukrainiennes.

Selon Andrius Kubilius, commissaire européen à la défense et à l’espace, Moscou pourrait disposer de 7 millions à 9 millions de drones en 2026 et former jusqu’à 1,6 million d’opérateurs d’ici à 2030. Face à de tels ordres de grandeur, l’Europe ne peut plus traiter la question des drones comme un sujet secondaire. Soutenir l’Ukraine, protéger notre flanc est et reconstruire notre souveraineté industrielle relève désormais d’une même exigence stratégique.

Pour l’instant, l’Ukraine supporte seule ces attaques, au prix du sacrifice de ses soldats, de ses infrastructures et de sa population. Mais nul ne peut sérieusement croire que Moscou renoncera à la pression militaire qu’il exerce sur l’Ukraine et sur l’Europe orientale, même en cas de cessez-le-feu ou d’accord politique temporaire. Ce qui se joue aujourd’hui au-dessus de Kharkiv ou d’Odessa concerne la sécurité de l’ensemble du continent.

Aider l’Ukraine à contrer et à détruire ces vagues de drones russes, c’est contenir plus à l’Est une menace qui se rapproche inéluctablement de nos frontières. Construire avec les Ukrainiens une filière européenne des drones, c’est faire converger trois objectifs : l’aide militaire immédiate à Kiev, la protection durable de la frontière orientale de l’Europe et la reconquête d’une souveraineté européenne, industrielle et de défense.

Levier de réindustrialisation

En matière de drones, la France a amorcé un tournant. L’actualisation de la loi de programmation militaire met plus l’accent sur ces capacités, de nouveaux acteurs industriels sont mobilisés, et des coopérations de coproduction avec l’Ukraine commencent à se concrétiser. Oui, une dynamique est engagée, mais les moyens prévus pour les drones restent en deçà des besoins et, sans coordination entre Etats et articulation européenne claires, cette montée en puissance risque de rester fragmentée et insuffisante face aux ordres de grandeur russes.

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