Chroniques de guerre

« Obsession impériale et fuite en avant : jamais Vladimir Poutine n’a semblé aussi prisonnier de ses fantasmes »

« Obsession impériale et fuite en avant : jamais Vladimir Poutine n’a semblé aussi prisonnier de ses fantasmes »

La guerre de choix s’est transformée en une guerre de vengeance. Défait dans sa tentative de soumettre l’Ukraine en s’emparant de Kiev en février-mars 2022, Vladimir Poutine s’était rabattu sur le Donbass. Mais incapable, quatre ans plus tard, de conquérir la totalité des plaines ukrainiennes qui bordent la frontière ouest de la Russie, le maître du Kremlin se venge. Sur les populations civiles. Pas une nuit sans que les grandes villes d’Ukraine, et particulièrement la capitale, ne soient la cible des missiles et des drones russes. Tirés à l’aveugle. Obsession impériale et fuite en avant dans un nihilisme destructeur : jamais le président russe n’a semblé aussi prisonnier de ses fantasmes.

Il faut casser le moral de « l’arrière ». Ce n’est plus une « opération spéciale », mais une « guerre », disait le Kremlin cette semaine. Changement sémantique annonçant une prochaine mobilisation ? L’escalade est destinée à amener Kiev à négocier des concessions territoriales. Poutine l’a redit fin juin, lors du congrès de son parti, Russie unie, il veut la « libération » totale et « définitive » du Donbass.

Son armée n’y arrive pas. Fin septembre 2022, le Kremlin avait unilatéralement déclaré que les régions de Donetsk, Louhansk, Kherson et Zaporijia étaient dorénavant « russes » – annexées de force, comme la Crimée en 2014. Mais plus de 20 % de cet ensemble restent aux mains de Kiev. Les défenses ukrainiennes sont ici les plus solides. Le front est gelé.

L’Ukraine échappe à Poutine. Elle est, « définitivement », partie à l’Ouest. Pour arrêter la guerre, au moins sous cette forme, le président russe a besoin d’un semblant de victoire : ce sera le Donbass, fût-il en ruine. Tenu en échec sur ce terrain, il comptait sur Donald Trump et la libido de gloriole qui anime l’Américain pour faire pression sur Kiev. Il s’agissait d’amener le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, à céder rien de moins que les quelque 5 500 kilomètres carrés du Donbass dont les forces russes n’arrivent pas à s’emparer – c’est-à-dire un gros morceau de territoire abritant encore aujourd’hui plus de 200 000 personnes. Après quoi, le Kremlin exigera non pas la reconnaissance de l’occupation de facto, mais la reconnaissance de jure de l’appartenance du Donbass à la Russie.

Il vous reste 61.36% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Vous avez peut-être manqué