Politique

Entre Paris et Orléans, ces villages orphelins de l’aérotrain

Entre Paris et Orléans, ces villages orphelins de l’aérotrain

Le long rail de béton file au milieu des immenses champs de blé et de betteraves, avant de s’interrompre brusquement. Ce viaduc qui s’étend sur 18 km, à 7 mètres du sol, est tout ce qui reste de la ligne qui devait relier Paris à Orléans. Un fantôme de 18 km, vieux de cinquante ans, qui marque le paysage de la Petite Beauce et traverse, de Ruan à Saran, dans le Loiret, des villages dortoirs qui vivent au rythme des déplacements pendulaires de leurs habitants. A côté, sur la départementale, défile une cohorte de camions, en ce matin de début juin.

Le projet d’aérotrain imaginé par Jean Bertin avait été lancé en grande pompe, en 1962, par le gouvernement de Georges Pompidou, alors premier ministre de De Gaulle, et soutenu financièrement durant dix ans pour doter le pays d’un train interurbain à haute vitesse. Après une première piste d’essai dans l’Essonne, le monorail est construit dans la Beauce en 1967.

Fascinant politiques et technostructure par sa modernité, ce « train qui vole » – l’engin sur coussin d’air propulsé par deux moteurs atteint alors plus de 400 km/heure – a attiré de nombreuses délégations étrangères et a transporté quelque 18 000 passagers lors de ses nombreux trajets sur la voie d’essai. Mais l’équipement, révolutionnaire, ne dépassera jamais la phase expérimentale. Dès son élection à la présidence de la République, en 1974, Valéry Giscard d’Estaing enterre le projet, lui préférant le TGV. Un « fiasco », comme le nomme la revue du même nom (Fiasco ed., 28 euros).

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