Pour le mouvement social qui se transforme et évolue à une vitesse foudroyante en France, il ne s’agissait pas d’un simple test de routine. En maintenant, jeudi 5 novembre, un appel à manifester lancé dans un contexte complètement différent il y a seulement un mois – et promis, à l’époque, à un résultat modeste –, l’intersyndicale (CFDT, CGT, FO, Unsa et FSU) a tenté, un jour de semaine, une forme d’épreuve du feu : soit faire apparaître un début d’extinction de la flambée contestatrice entamée avec les manifestations du 17 octobre et leurs débordements (dont des violences et des pillages), soit voir la mobilisation se renforcer en se fixant sur des « lignes » politiques de plus en plus largement partagées.
L’ampleur de cette journée nationale d’action pour les salaires et le pouvoir d’achat, incluant le mouvement des lycéens, des étudiants, des « gilets jaunes » et des agriculteurs, a donné la réponse : 193 cortèges ont été recensés à travers la France, ayant réuni 1,6 million de personnes selon la CGT (575 000 dont 55 000 à Paris, d’après le ministère de l’intérieur). Ces chiffres ne disent pas de façon limpide l’impression de mobilisation massive constatée dans de nombreux cortèges, aussi bien à Paris que dans de nombreuses villes où les records du nombre de manifestants depuis le début de la mobilisation ont été battus.
Le matin, nul ne savait comment cette journée allait se terminer. Y aurait-il, à nouveau, des casseurs fondant sur le mobilier urbain ou les magasins des centres-villes ? Les forces de l’ordre, dont le dispositif était calibré pour répondre à une double menace de groupes d’ultragauche agressifs et de pillards en bande, étaient sur les dents dès le matin. A la Bastille, à Paris, dans le froid de ce début de matinée, un groupe d’une cinquantaine de représentants syndicaux britanniques appartenant à plusieurs formations (santé, service public, enseignement), débarqués de leur bus en provenance de Londres pour « venir officiellement témoigner leur solidarité avec le mouvement syndical français », en font les frais, stupéfaits de se voir brusquement cernés par un carré de CRS et bloqués sur un coin de trottoir du boulevard Richard Lenoir.
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