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Mobilisation lycéenne : les raisons de la crise en chiffres

Mobilisation lycéenne : les raisons de la crise en chiffres

Dans le sillage du pic démographique de 2010, la génération de collégiens et de lycéens d’aujourd’hui n’a eu de cesse de voir ses rangs grossir ces quinze dernières années. Sur la même période, des milliers de postes sont supprimés dans l’enseignement secondaire, notamment durant les deux mandats du président Emmanuel Macron.

Depuis 2007, dans le secondaire, on dénombre :

… 11 642 enseignants en moins…

… pour 189 000 élèves en plus.

Par conséquent, les effectifs n’ont cessé de se densifier dans les classes des lycées publics, plus particulièrement dans les filières générales et technologiques.

68 % des classes comptent plus de 30 élèves, voire plus de 35 dans 20 % des cas.

S’ajoute à cette conjoncture une crise de recrutement historique dans l’éducation nationale.

Au moins un poste sur dix n’est pas pourvu dans le secondaire public à chaque rentrée depuis quinze ans…

… et le nombre de candidats par poste a été divisé par deux depuis 2008, passant de 8 à 4.

Cette dégradation des effectifs s’accompagne d’une hausse de 41 % des congés maladie ordinaires des enseignants du secondaire, entre 2018 et 2024. Les besoins en remplacement ont ainsi enflé de 15 % sur la même période.

Seulement voilà, le nombre de remplaçants disponibles s’est, lui aussi, considérablement contracté depuis vingt ans.

Sachant qu’une partie toujours plus importante des remplaçants est dispatchée dès la rentrée pour combler les postes d’enseignants vacants, cela réduit d’autant plus les effectifs pour pallier les absences au cours de l’année. En réalité, plus de deux tiers d’entre eux ne sont pas ou peu* disponibles pour des missions de remplacement.

*sur moins de 50 % de leur temps

Les absences de longue durée (plus de quinze jours) non remplacées ont ainsi doublé depuis 2018, passant de 491 479 jours par an à 949 493 en 2024, dans les établissements publics du second degré.

Même constat pour les heures de cours : près de 10 % d’entre elles ne sont pas assurées, en raison de la fermeture des établissements (organisation d’examens ou mouvements sociaux), mais surtout de l’absence toujours plus importante d’enseignants non remplacés.. Ce chiffre atteint même 19 % dans les 10 % des zones les plus touchées.

La moitié des collèges et des lycées ont commencé l’année scolaire 2026 avec au moins un enseignant manquant, selon une estimation du syndicat SNES-FSU. Avec, là encore, des académies plus affectées que d’autres, comme Créteil (61 % des établissements) et Versailles (70 %), d’où est parti le mouvement actuel.

Le mécontentement se porte également sur les emplois du temps en voie générale, dont la confection s’est considérablement complexifiée depuis l’instauration de la réforme Blanquer, en 2018, qui fut à l’origine du dernier mouvement lycéen.

Avec le remplacement des filières classiques (ES, L et S) par des options à combiner, les élèves de 1re doivent dorénavant choisir trois spécialités parmi les treize proposées. Un éventail qui « représente théoriquement plus de 286 combinaisons d’emploi du temps possible », selon Eric Charbonnier, analyste à la direction de l’éducation de l’OCDE, même si toutes ne sont pas proposées dans chaque lycée.

Cette multiplication des choix des élèves a eu pour effet direct d’accroître le nombre de professeurs intervenant devant une même classe au cours de l’année, même pour quelques heures.

Avec, en moyenne, deux classes supplémentaires à suivre (huit en 2020, après la réforme, contre six auparavant), chaque enseignant assiste donc à plus de conseils de classe et se voit chargé d’un suivi individuel des élèves plus dense.

Autre conséquence, la prolifération des heures de « trou » dans les emplois du temps des lycéens, pouvant aller « jusqu’à trois, quatre ou cinq heures au sein d’une même journée », selon un bilan dressé en 2023 par l’inspection générale de l’éducation nationale.

Ce casse-tête s’ajoute à un constat déjà connu : les lycéens français ont des journées plus longues que leurs voisins européens.

En France, les élèves de 2de travaillent 1224 heures étalées sur 36 semaines dans l’année, contre 903 heures pour 37,5 semaines en moyenne dans l’Union européenne (UE)*, d’après les calculs de l’OCDE.

En couplant ces deux données, l’écart s’accentue. Le temps d’instruction moyen hebdomadaire en France serait de 34 heures, soit 10 de plus que la moyenne de l’UE. A titre de comparaison, avec le deuxième volume horaire le plus important de l’UE, les lycéens espagnols travaillent en moyenne 28,6 heures par semaine (1 058 heures réparties en 38 semaines).

La vétusté des locaux est également un problème souligné depuis de nombreuses années dans les mobilisations.

Les lycées français sont en moyenne vieux de soixante et un ans, et même soixante et onze dans le cas des lycées professionnels,…

… seulement 15 % du parc a été rénové ou construit depuis 2015…

… et près d’un tiers des établissements a atteint ses pleines capacités d’accueil ou les a dépassées.

Gérés par les collectivités locales, les bâtiments scolaires sont très majoritairement inadaptés à la chaleur. Un enseignant sur deux du secondaire se plaint d’une mauvaise isolation thermique, d’après une enquête réalisée par la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (Depp), en 2025. Selon le syndicat SNES-FSU, suite aux canicules de l’été 2026, aucun aménagement d’adaptation n’a été évoqué dans 80 % des établissements au cours des réunions de prérentrée.

En bout de chaîne, Parcoursup cristallise les problématiques liées à l’orientation : 77 % des jeunes se disaient stressés par la plateforme d’admission postbac et 21 % souhaitaient sa disparition dans une étude réalisée pour l’Institut Montaigne en 2024.

Ce sont d’ailleurs les filières professionnelles qui s’en sortent le moins bien sur ce point. Un lycéen pro sur cinq en moyenne n’a pas reçu de proposition sur Parcoursup en 2025.

Texte et recherche : Benjamin Martinez

Illustrations : Julie Cassotti et Audrey Lagadec

Développement : Julie Cassotti et Victor Simonnet



Sources : Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (Depp) du ministère de l’éducation nationale et de la jeunesse ; « Le temps d’enseignement perdu par les élèves au collège », Cour des comptes, 2025 ; Bleus budgétaires des projets de loi de finances ; Syndicat SNES-FSU ; « La réforme du lycée général et technologique », inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche, 2023 ; « Regards sur l’éducation 2025 », OCDE ; « Les jeunes et le travail : aspirations et désillusions des 16-30 ans», Institut Montaigne, 2025 ; « Parcoursup : bilan de la procédure d’admission 2025 », ministère de l’enseignement supérieur, 2025

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