« Comme l’a fait le ministre de l’intérieur pour les gendarmes, j’engage une procédure disciplinaire qui sera rendue avant la fin de l’été pour engager des sanctions qui seront à la hauteur des défaillances graves constatées pour le substitut du parquet d’Auch », a déclaré Gérald Darmanin, ministre de l’intérieur, invité du journal télévisé de 20 heures de TF1 lundi 22 juin.
Dans un prérapport d’inspection remis à Matignon ce même jour, « l’urgence n’a pas été prise en compte », selon les rapporteurs, qui pointent une série de dysfonctionnements des enquêteurs dans le traitement des procédures judiciaires concernant Lyhanna alors que Jérôme Barella, suspect dans la mort de la collégienne de 11 ans, n’avait jamais été inquiété jusque-là malgré la plainte déposée en août 2025 par la mère de Rosa, une enfant de 11 ans, qui l’accuse de l’avoir violée « une cinquantaine de fois », d’après le rapport.
Le magistrat, « d’après ce rapport, a démontré des défaillances extrêmement importantes », pointe le garde des sceaux. « Le conseil supérieur de la magistrature me rendra son avis sur la proposition de sanctions que je lui proposerai à la fin de l’enquête administrative », a poursuivi le ministre. « Pour les gendarmes comme pour la magistrature, [il y a eu] des défaillances personnelles. (…) Ce n’est pas grave de le reconnaître et ce n’est pas jeter l’opprobre sur les magistrats (…), mais il arrive qu’il y a des fautes professionnelles qui soient commises et qu’il faut sanctionner. »
Le substitut s’est par ailleurs vu retirer par le garde des sceaux « son habilitation à mener des enquêtes et traiter des dossiers s’agissant des mineurs », a ajouté auprès de l’Agence France-Presse (AFP) l’entourage du ministre, qui a de nouveau évacué la question de la démission de ce dernier.
« Nous avons tous à nous remettre en cause »
A la suite de l’affaire Lyhanna, le ministre de la justice avait demandé aux magistrats de reprendre 70 000 dossiers de plaintes pour violences sexuelles sur mineurs d’ici au 14 juillet. Gérald Darmanin a fait savoir que 1 243 gardes à vue concernant des atteintes sur des mineurs ont eu lieu, depuis une semaine. « Par exemple à Lyon, le parquet m’a fait savoir qu’il y avait eu un doublement de gardes à vue sur les atteintes concernant les mineurs ». Plus tôt lundi, une source gouvernementale à l’AFP faisait savoir qu’il y a eu « 134 détentions provisoires, présentées par les magistrats et acceptées par les juges d’application des peines ». Le ministre revendique « un avant et un après ».
Interrogé sur sa responsabilité, M. Darmanin a déclaré que « la [s]ienne est de mettre une pression saine, en respectant l’Etat de droit, sur les procureurs généraux. Avons-nous tous bien fait ? La réponse est non. » A la question de savoir s’il estimait avoir bien fait : « Bien sûr que non, si je n’ai pas réussi à sauver cette petite fille. Evidemment que nous avons tous à nous remettre en cause, comme les procureurs généraux, comme les procureurs de la République, comme les substituts, comme les services de police et de gendarmerie. »
Pour se défendre, Gérald Darmanin fait valoir l’envoi de circulaires demandant que les plaintes sur les crimes sur mineurs soient considérées comme prioritaires. « Est-ce que la plainte [déposée en 2025 par la mère de Rosa, 11 ans] a suivi ma circulaire ? La réponse est non. Le rapport le dit. Cette plainte malheureusement a été traitée comme un crime ordinaire alors que c’était un crime sur enfant. »
Pointant « une succession de défaillances aussi graves » et l’absence « de cordes de rappel », le garde des sceaux assure « revoir les “process” [du ministère de la justice], et, mais évidemment et s’il le faut, revoir des organisations au ministère de la justice. »