A la suite du rapport d’inspection dans le sillage de l’affaire Lyhanna mettant en lumière des « défaillances » dans le traitement de la plainte de Rosa, alors âgée de 11 ans, en août 2025, qui dit avoir été victime d’« une cinquantaine de viols », le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, demande « une enquête de commandement pour faire la lumière sur les responsabilités de chaque intervenant », lundi 22 juin, dans un communiqué de presse.
Par ailleurs, il souhaite « que le directeur d’enquête et le commandant de compagnie de Condom », dans le Gers, « fassent l’objet d’une mutation d’office dans l’intérêt du service et qu’ils soient placés dans des emplois hors exercice de la police judiciaire ».
Le prérapport de la mission d’inspection, diligenté après la mort de Lyhanna, « met en évidence une distinction nette entre une phase initiale de traitement jugée par l’inspection diligente, efficace et proactive par la brigade de gendarmerie de Plaisance-du-Touch et le parquet de Toulouse, d’une part, et une phase ultérieure marquée par des défaillances de suivi, de coordination et de pilotage au niveau du parquet d’Auch et de la compagnie de gendarmerie de Condom, d’autre part, et qui commande de prendre différentes mesures », détaille Laurent Nuñez.
Dans la première phase, « toutes les investigations possibles ont été conduites de manière optimale (…) avec une grande considération pour la victime, déployant pédagogie et écoute », poursuit-il. En revanche, le transfert de la procédure au parquet d’Auch, territorialement compétent, « a provoqué une rupture de continuité dans le suivi de la procédure et de la perception du danger et de l’urgence », observe le ministre.
Pointant des « mécanismes de contrôle et de priorisation de ce dossier (…) défaillants », un accompagnement institutionnel de la victime qui « n’a pas été à la hauteur des enjeux », Laurent Nuñez déplore que « ces défaillances collectives [n’aient] pas permis de corriger les manquements individuels, plus particulièrement au sein du parquet d’Auch et de la brigade de Lectoure », en charge de l’enquête.
Le ministre souligne, par ailleurs, que « la stratégie d’investigation (…) influencée par la volonté de consolider le dossier avant le placement en garde à vue » de Jérôme Barella, « qui avait déjà échappé par deux fois aux poursuites », a conduit « à ce que d’autres missions priment sur le dossier, laissé sans aucun nouvel acte d’enquête ou de contrôle depuis le 14 février dernier, par un manque de discernement avéré, malgré les huit appels à l’aide de la mère de la victime ». « Les conclusions de l’enquête conduiront à déterminer les mesures disciplinaires nécessaires et adaptées et, le cas échéant, de prendre d’autres mesures individuelles », prévient le ministre.
« Une absence de prise en compte suffisante de l’urgence »
Rédigé par les services de l’inspection générale de la gendarmerie nationale et celle de la justice, le prérapport, réalisé à partir d’une trentaine d’entretiens, a été remis en fin de matinée à Sébastien Lecornu à Matignon. Il pointe « un cumul de pertes de temps et une absence de suivi de procédure, tant de la part du parquet que de la gendarmerie à l’arrivée de la procédure au parquet d’Auch », a déclaré le chef de l’inspection générale de la justice, Stéphane Noël.
En cause, le délai écoulé dans la prise en charge de la plainte déposée le 22 août 2025 par la mère de Rosa. Elle avait déposé plainte en Haute-Garonne, accusant Jérôme Barella d’avoir commis des viols sur sa fille, de septembre 2024 à mai 2025, au domicile de ce dernier. Dans cette affaire, Jérôme Barella n’a jamais été entendu alors que la procédure avait fait deux fois la navette entre la Haute-Garonne et le Gers. Cette plainte n’a « pas été traitée comme une procédure prioritaire » : « le caractère sensible de la procédure n’a pas été relayé, la procédure n’a pas été orientée vers le bon service de gendarmerie, retardant son traitement », a détaillé Stéphane Noël.
Il met aussi en avant « une absence de prise en compte suffisante de l’urgence » au regard du profil de Jérôme Barella, qui faisait déjà l’objet de plusieurs plaintes pour agressions sexuelles et viols d’enfants. Le rapport sera complété par de nouvelles investigations concernant les autres plaintes qui visaient Jérôme Barella. Ces enquêtes pourraient aboutir à des sanctions.
« Lorsque des fautes professionnelles sont établies (…), personne ne comprendrait qu’elles ne soient pas sanctionnées », avait souligné Gérald Darmanin dans un courrier adressé la semaine dernière aux quelque 10 000 magistrats, tout en rappelant son « attachement viscéral » à leur indépendance. Il s’était attiré les foudres de nombre d’entre eux pour avoir pointé des dysfonctionnements individuels dès les premières heures, sans attendre les conclusions de la mission d’inspection.