Culture

Sélection galerie : Léon Bongrain chez Loeve&Co

Sélection galerie : Léon Bongrain chez Loeve&Co

Un carton de dessins dégoté en 2023 aux puces, comprenant 40 aquarelles et tout un fond d’archives : l’exposition consacrée à Léon Bongrain (1865-1948) chez Loeve&Co, à Paris, s’appuie sur une miraculeuse trouvaille de chineurs. Surnommé « Le Mécano », ce mécanicien automobile commence à peindre en 1919. Exposé et salué dans les années 1920, il connaît un succès réel et gagne l’estime de ses pairs, comme Foujita (1886-1968). Pourtant, aucune de ses œuvres n’était parvenue jusqu’à nous, pas même en reproduction. Arrivé trop tard pour bénéficier du soutien du collectionneur Wilhelm Uhde (1874-1947) – découvreur du Douanier Rousseau (1844-1910) et de Séraphine de Senlis (1864-1942), retourné en Allemagne lors de la première guerre mondiale –, Bongrain est resté dans l’ombre.

On retrouve chez l’artiste la minutie du miniaturiste doublée d’un souffle métaphysique. Derrière l’apparence champêtre se déploie une atmosphère fantastique, à coups de perspectives troublantes et d’échelles déconcertantes – que les détracteurs de l’art naïf réduisent à tort à une maladresse d’amateur. Dans La Traversée des nuées, un vrai petit bijou aquarellé qui donne son titre à l’exposition, les muletiers prennent le relais des arbres. Alignés, identiques, ils serpentent le long d’une route qui semble perforer la montagne. Chez Bongrain, cette percée devient une obsession : elle se répète d’un dessin à l’autre, jusqu’à ce rideau de scène déchiré par une étrange silhouette chapeautée.

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