Sur les réseaux sociaux, Lionel Messi et Gianni Infantino forment le duo le plus en vue du moment. Dans une première vidéo, on peut les voir danser dans un vestiaire. Dans une deuxième, le président de la Fédération internationale de football association (FIFA) porte dans ses bras une version miniature du capitaine argentin. Une troisième montre les deux hommes marchant main dans la main. Toutes ces images sont évidemment fausses, générées par intelligence artificielle. Mais les soupçons de favoritisme et autres théories du complot visant l’Argentine lors de la Coupe du monde 2026 sont, eux, bien réels.
De nombreux internautes sont persuadés que la FIFA s’est arrangée pour que l’Argentine accède à la finale de la compétition, pour l’ultime Coupe du monde de Messi. Des soupçons également alimentés par la mauvaise réputation de Gianni Infantino, visé par une plainte de l’ONG FairSquare pour son ingérence présumée dans l’affaire Balogun avant le match Etats-Unis - Belgique, disputé le 6 juillet.
La théorie d’une Argentine « aidée » par la FIFA trouve aussi écho dans la pétition en ligne « Argentina out », qui a déjà récolté plus de 18 millions de signatures, même si elle « n’affirme pas que chaque allégation a été officiellement prouvée », selon ses créateurs. Pour l’édition 2026, la FIFA avait assumé d’épargner les quatre premières équipes du classement mondial (Espagne, Argentine, France, Angleterre) en les séparant dès le tirage au sort pour éviter qu’elles ne se rencontrent avant les demi-finales et ainsi entretenir le spectacle.
Cela n’a pas empêché les critiques sur le parcours relativement aisé de l’Albiceleste jusqu’à sa qualification en finale obtenue face à l’Angleterre (2-1). Les coéquipiers de Lionel Messi n’avaient affronté aucune équipe du Top 20 au classement FIFA avant le stade des quarts de finale et leur duel contre la Suisse, 18e de la hiérarchie. A titre de comparaison, l’Espagne a croisé le Portugal dès les huitièmes de finale (5e), puis la Belgique (9e) au tour suivant. La France avait rencontré le Sénégal (15e) en phase de groupes, puis le Maroc (7e) en quarts de finale.
Accusations d’arbitrage partial
L’arbitrage favorable dont aurait bénéficié l’Argentine a aussi provoqué la colère des réseaux sociaux. La première polémique est survenue dès l’entrée en lice de l’Albiceleste, le 16 juin, contre l’Algérie. Peu après la demi-heure de jeu, Lionel Messi assène un violent coup au tibia du capitaine algérien, Aïssa Mandi, mais échappe à un carton rouge. Après le match, la Fédération algérienne de football a déposé une plainte auprès de la FIFA.
Même indignation de la part des Egyptiens, lors du huitième de finale perdu contre l’Argentine (2-3), le 7 juillet, quand à la 58e minute de jeu, l’arbitre français François Letexier annule le but de Mostafa Ziko pour une faute commise à l’origine de l’action. Une situation similaire ne sera pas sanctionnée sur le but argentin victorieux inscrit en fin de match.
A l’issue de la défaite, l’entraîneur des Pharaons, Hossam Hassan, s’est emporté au micro de BeIN Sports : « Peut-être voulaient-ils maintenir les champions du monde dans la compétition ? Peut-être voulaient-ils que Messi reste en lice ? Dans le football, il existe parfois des facteurs externes qui dépassent les aspects techniques. Les champions du monde ont bénéficié d’un soutien à tous les niveaux. »
Contre la Suisse au tour suivant (3-1), un nouvel imbroglio survient quand l’attaquant helvète Breel Embolo, coupable d’une simulation, reçoit un second carton jaune après intervention de l’assistance vidéo (VAR) : « Il n’y avait aucune raison de donner ce carton jaune, je ne comprends pas, c’était une situation inoffensive. Nous n’avons pas seulement joué contre l’Argentine, mais également contre l’arbitre », a dénoncé Murat Yakin, l’entraîneur de la Nati.
Les Anglais ont eux aussi déploré du favoritisme après la désignation de l’arbitre Ismail Elfath pour diriger la demi-finale contre l’Argentine. M. Elfath était considéré par une partie de la presse britannique comme « l’arbitre préféré » de Lionel Messi, qui n’avait perdu aucun de ses sept matchs disputés sous la direction de l’homme en noir américain.
« Vargentina »
Sur Internet, l’Argentine est désormais affublée du sobriquet « Vargentina » (contraction de VAR et d’Argentine). Un site du même nom propose même aux internautes de rendre leur verdict sur chaque décision arbitrale controversée concernant l’Argentine.
Interrogé en conférence de presse à ce sujet, l’entraîneur de l’Albiceleste, Lionel Scaloni, a botté en touche : « Honnêtement, on entend ce genre de choses sur l’Argentine depuis longtemps. Les réseaux sociaux amplifient tout. C’est là que les débats commencent. Mais il n’y a eu aucun favoritisme. »
Lionel Messi est lui-même monté au créneau pour défendre le parcours de l’Albiceleste : « On a été la meilleure nation au monde ces dernières années, que ça plaise ou non. Peu importe ce que certains peuvent penser ou dire, personne ne nous a offert quoi que ce soit. Tout ce qu’on a, on est allé le chercher sur le terrain. »
Le responsable de l’arbitrage à la FIFA, Pierluigi Collina, a aussi défendu, le 9 juillet, l’impartialité de l’instance suprême du football : « Personne ne peut prétendre que l’arbitrage de la FIFA puisse être influencé par qui que ce soit, pas même par le président de la FIFA. » Nul doute pourtant que dimanche, les décisions du Slovène Slavko Vincic, désigné pour arbitrer la finale Espagne-Argentine, seront particulièrement surveillées.