La cour d’appel de Paris a ordonné la relance des investigations sur les sources du média Disclose, infirmant l’ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel d’un militaire pour compromission et de non-lieu pour la journaliste Ariane Lavrilleux, a appris l’Agence France-Presse (AFP), mercredi 8 juillet. Au lendemain de cette décision, Disclose et Reporters sans frontières (RSF) ont appelé à « se mobiliser » contre une « traque des sources ».
Cette « traque vise à faire peur à tous les lanceurs d’alerte, qui prennent des risques au quotidien pour faire émerger des informations cruciales sur des mensonges de l’Etat, des crimes et des injustices », a dénoncé Ariane Lavrilleux, lors d’une conférence de presse. « Mon affaire pourrait se démultiplier, il pourrait y avoir de nombreux autres journalistes et lanceurs d’alerte inquiétés », a-t-elle prévenu. « Il faut qu’on ait une expression de la solidarité de la profession et des citoyens », a par ailleurs dit Thibaut Bruttin, directeur général de RSF.
Outre Ariane Lavrilleux, dans le cadre de la poursuite des investigations, « tous les signataires de l’article vont être auditionnés », anticipe Mathias Destal, cosignataire et cofondateur de Disclose. Il dénonce une volonté d’« intimider les journalistes », mais aussi de « priver les citoyens d’informations cruciales » et de « protéger les intérêts des industries d’armement ».
Les motivations de la décision de la cour d’appel n’ont pas encore été précisées, ont fait part les sources proches du dossier à l’AFP mercredi. L’ordonnance pour cette information judiciaire, portant sur plusieurs articles publiés par Disclose au sujet de ventes d’armes françaises à l’étranger, avait été rendue en octobre 2025, puis frappée d’un appel du parquet général. Ariane Lavrilleux, qui n’a jamais été mise en examen dans ce dossier, et l’ingénieur militaire qu’elle présente comme étant à l’origine des révélations contestent toute infraction. Leurs avocats n’ont pas souhaité s’exprimer à ce stade.
Des articles « d’intérêt général », selon la juge d’instruction
Le dossier avait particulièrement marqué la profession journalistique par la perquisition et le placement en garde à vue, en septembre 2023, d’Ariane Lavrilleux, coautrice des articles. La journaliste avait finalement échappé à une mise en examen au début de 2025, placée sous le statut de témoin assisté. A l’issue des investigations, la juge d’instruction avait ordonné un procès pour compromission du secret de la défense nationale contre l’ingénieur militaire. Elle avait en revanche prononcé un non-lieu pour la journaliste, estimant les articles « d’intérêt général ».
Le parquet général avait fait appel, considérant « nécessaire que la chambre de l’instruction, en tant que second degré de juridiction, puisse se prononcer sur (…) les enjeux en termes de conciliation de la liberté de la presse et du respect du secret de la défense nationale ».
En mai, lors de l’examen à la chambre de l’instruction, le parquet général a donc demandé une autre lecture du dossier, estimant qu’il existait des éléments pour poursuivre Ariane Lavrilleux, avaient fait savoir des sources proches du dossier à l’AFP.
D’après ces sources, le parquet général estimait aussi n’avoir pu pleinement poursuivre le militaire, en raison d’une enquête incomplète, en particulier sur la provenance des informations publiées et sur les autres journalistes ayant cosigné les articles.