« La justice doit se mettre à hauteur d’enfant » : une soixantaine de parents d’élèves parisiens ont dénoncé, jeudi 9 juillet, un jugement « indécent » ainsi qu’une « victimisation secondaire » après la relaxe, au bénéfice du doute, mardi, de David G., ex-animateur périscolaire de 36 ans jugé pour agressions sexuelles sur neuf enfants de l’école maternelle Alphonse-Baudin (11e arrondissement). Le parquet a fait appel.
S’appuyant sur un examen psychologique, le tribunal a notamment retenu que les déclarations initiales des enfants ont pu « être orientées par les questions de leurs parents ». « Si l’enfant parle mal, on ne le croit pas. S’il parle bien, on accuse ses parents. S’il va mieux, ce n’était pas si grave. Si [les parents] s’unissent, ils complotent. A la fin, quoi qu’ils fassent, enfants et parents sont perdants », a déclaré Barka Zerouali, porte-parole du collectif MeTooEcole, lors d’une conférence de presse devant l’établissement, comparant le jugement à une « victimisation secondaire qui broie les enfants, puis leurs parents ».
A ses côtés, Pénélope, maman d’un enfant de l’école Titon, dont un animateur, également poursuivi pour agressions sexuelles, a été relaxé à la mi-juin. « Alors qu’un casseur écope de dix à dix-huit mois de prison pour de simples dégâts matériels, des hommes qui ont altéré la vie d’enfants sont relaxés par la justice », a-t-elle dénoncé. Pour Dimitri, partie civile au procès, le jugement paraît « complètement indécent ». « Quand la parole des enfants a été écoutée, elle a été utilisée contre eux, c’est évidemment scandaleux », a-t-il déclaré à l’Agence France-Presse.
« Un sentiment de peur (…) suite aux décisions de justice récentes »
« Ce sont des enfants de trois à cinq ans, ils ont forcément été confus. Le tribunal a dit qu’ils étaient mis en difficulté pour rentrer dans le détail de ce que David leur avait fait subir. On est chez les fous », a-t-il ajouté. Eléonore, membre du Collectif parents Paris 11, a évoqué « un sentiment de peur (…) suite aux décisions de justice récentes ».
Avocate de six familles, Hannah Kopp a rappelé que le parquet avait requis une condamnation et que l’avocat de David G. lui-même « n’avait pas plaidé la relaxe ». « Cette décision est juridiquement incompréhensible, humainement inacceptable, symboliquement désastreuse », a-t-elle martelé. Sa consœur, Rebecca Royer, a souligné que les « corps des enfants [avaient] parlé », évoquant « des reviviscences, des troubles du sommeil, des cauchemars », et appelé la justice à « se mettre à hauteur d’enfant ». Elle a également estimé que « deux majeures sont venues corroborer les dires des enfants », David G. ayant été reconnu coupable de harcèlement sexuel envers deux ex-collègues.