En provoquant, par ses frappes sur les raffineries, la pire crise de carburant que la Russie ait connue depuis des décennies, l’Ukraine a donné un coup de canif au contrat social conclu tacitement entre Vladimir Poutine et sa population, selon lequel la stabilité et la prospérité lui sont garanties en échange de libertés réduites. L’irruption des attaques ukrainiennes à Moscou, à Saint Petersbourg et jusqu’en Sibérie, où, pour la première fois de leur vie, les Russes voient la guerre depuis leurs fenêtres, a semé l’incertitude sur la capacité du régime à protéger leurs besoins vitaux.
Lundi 6 juillet, des drones ukrainiens ont visé la raffinerie d’Omsk, en Sibérie occidentale, à environ 2 800 kilomètres de Kiev, soit la frappe la plus profonde jamais menée par l’Ukraine contre les infrastructures énergétiques russes. Après quoi la raffinerie, la plus importante du pays, a dû interrompre ses opérations.
« La Sibérie aussi est maintenant à portée de main », s’est réjoui le président ukrainien, Volodymyr Zelensky. Alors que Kiev concentre ses assauts sur les raffineries, les dépôts de carburant et les pétroliers, les files d’attente aux stations-service s’étendent désormais à l’ensemble du territoire russe, les prix à la pompe grimpent, le marché noir prospère, sans que le gouvernement soit en mesure de trouver une issue rapide à la crise.
« Vulnérabilité logistique »
Celle-ci risque se prolonger, au risque d’accentuer le mécontentement des automobilistes et de ternir l’image du « leader national ». « Les attaques contre les principales raffineries de pétrole, dont celles d’Omsk et de Iaroslavl [au nord est de Moscou] ont exposé une vulnérabilité majeure : la logistique intérieure. Le déplacement rapide des chaînes d’approvisionnement vers les chemins de fer est irréalisable. Les wagons-citernes appartiennent à des opérateurs privés, qu’il est impossible de simplement “mobiliser” par décret », explique Nikolaï Kulbaka, professeur à l’Université européenne des humanités de Vilnius.
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