Culture

William Christie, chef d’orchestre : « La musique était un moyen de ne pas me sentir seul »

William Christie, chef d’orchestre : « La musique était un moyen de ne pas me sentir seul »

A 81 ans, William Christie chérit toujours plus ses deux amours : la France et la musique baroque. Près de trente concerts sont inscrits à son programme des prochains mois, à commencer par quatre récitals de Rameau, organisés dans les jardins de la demeure qu’il a restaurée à Thiré, en Vendée. Une tournée aux Etats-Unis et au Canada suivra à l’automne. Installé dans son appartement parisien, le fondateur des Arts florissants raconte comment le jeune homosexuel de Buffalo (Etat de New York), révolté par la guerre du Vietnam, s’est exilé en France, avant d’y faire revivre une musique baroque figée par deux siècles de poussière.

Je ne serais pas arrivé là si…

… Si je n’avais pas décidé, en 1970, de quitter les Etats-Unis et de m’exiler en France. J’avais 26 ans, j’enseignais la musique au Dartmouth College, une grande institution du New Hampshire, et j’avais été jugé apte pour l’armée. En pleine guerre du Vietnam. Or, j’étais très hostile à cette guerre. Je participais à des marches, à des manifestations. C’était tendu. En mai 1970, la garde nationale a ouvert le feu et tué quatre étudiants de l’Ohio qui manifestaient de manière pacifique. Une tuerie épouvantable. J’ai joué de l’orgue lors d’une cérémonie à la mémoire de ces étudiants, et je me suis dit « non, je ne peux pas entrer dans l’armée et combattre au Vietnam ».

Mon frère cadet a fait le Vietnam. Moi, j’ai choisi de rompre avec ma vie américaine, de tout casser en quelque sorte. J’ai tout de suite annoncé cette décision à ma famille, à mes amis, et préparé le déménagement. En septembre, j’étais à Paris.

Pourquoi avoir choisi la France ?

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