Pour ses 20 ans, le Musée du quai Branly-Jacques-Chirac voit grand, avec un long week-end de festivités, les 19, 20 et 21 juin. Au programme, bal populaire, danse, concerts et films. Deux décennies après une naissance polémique, le paquebot parisien dévolu aux arts d’Afrique, d’Océanie et des Amériques a trouvé sa place et son rythme de croisière – près de 1,4 million de visiteurs en 2025, dont 40 % de primo-visiteurs, un exploit.
L’institution voulue par Jacques Chirac (1932-2019) a également su imposer sa profession de foi – le dialogue des cultures, opposé au choc des civilisations. Et aussi cet « œil Branly », « cette manière de croiser les perspectives et de décaler les regards », rappelait son président, Emmanuel Kasarhérou, lors d’une allocution le 19 mai, en évoquant l’exposition blockbuster « Tatoueurs, tatoués », lancée en 2014 et en tournée mondiale depuis lors.
Ce succès était loin d’être garanti. Né sur les cendres de deux autres institutions, ce musée est le fruit d’une longue saga politico-culturelle, jalonnée de querelles d’école, de luttes d’influence et de manœuvres de coulisses. « Le Quai Branly a été vécu comme une violence, comme le Centre Pompidou l’avait été avant lui, résume son “préfigurateur” et premier directeur, Stéphane Martin, aux manettes de 1998 à 2019. Mon boulot, c’était de faire digérer cette violence. »
Dans les années 1990, deux mondes s’affrontent sans se parler. D’un côté, le Musée de l’homme, au Trocadéro (16e arrondissement), de l’autre, le Musée national des arts africains et océaniens de la porte Dorée (12e arrondissement), lointain héritier de l’Exposition coloniale de 1931. Entre les scientifiques de Chaillot, qui défendent une vision évolutionniste et biologique de l’humanité, et les esthètes de la porte Dorée, c’est la guerre de tranchées, quand bien même l’un et l’autre végètent faute de soutien financier. Pour le petit monde des Musées de France, ces objets ne sont alors que de simples témoignages ethnographiques.
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